Libération (Casablanca)

30 Novembre 2005 Publié sur le web le 1 Décembre 2005

Mohamed Kadimi

Le comité technique consultatif, (sorte de conseil de discipline de la profession des guides et accompagnateurs touristiques), s'est réuni, hier mardi, à Rabat pour examiner les plaintes formulées à l'égard de certains guides par des touristes étrangers.

Plus de 50 personnes devaient comparaître devant ce comité pour fautes professionnelles et non respect de la déontologie. Certains risquent de perdre définitivement leur qualité de guides, d'autres vont avoir la possibilité d'exercer à nouveau leur métier alors qu'une troisième catégorie va cesser provisoirement ses activités. En fait, tout dépend, selon un agent de la brigade touristique de Marrakech, de la gravité de l'infraction commise. Parmi les fautes professionnelles qui reviennent souvent, on peut citer, le faux, l'usage de faux et la falsification des pièces administratives, le non respect de la zone d'affectation, le harcèlement sexuel, l'escroquerie, le non port de la tenue réglementaire, la connivence avec des guides clandestins, l'absence de l'autorisation de circuit ainsi que la complicité avec des commerçants à l'encontre des touristes ou la visite de magasins avec délaissement des visites aux monuments historiques, entre autres irrégularités.



Force est d'admettre, cependant, que ces professionnels éprouvent plusieurs difficultés lors de l'exercice de leur fonction. D'abord, ils sont victimes d'un harcèlement systématique de la part des guides clandestins qui sont parfois encouragés par les autorités locales. C'est le cas notamment à Ouarzazate, où c'est le président de la municipalité qui délivre les autorisations pour accompagner les touristes désirant se rendre à la Kasbah. Selon des guides sur place, ce même président les délivre à des clandestins qui n'ont pas l'agrément du ministère du Tourisme. Du coup, se pose le problème de l'utilité des agréments octroyés par le ministère de tutelle. Certes, la Kasbah est gérée par la municipalité et non par le ministère de la Culture, mais seuls des guides bien formés et d'un excellent profil peuvent donner la meilleure image du Maroc .

De ce fait, le métier de guide nécessite un assainissement sérieux pour éviter à ce qu'un Adoul puisse devenir du jour au lendemain un guide, sinon le président d'une association régionale des guides touristiques.

Les problèmes déjà évoqués indiquent qu'il est urgent de clarifier le statut des guides et accompagnateurs pour améliorer les conditions d'exercice de cette profession et pour favoriser l'épanouissement de cette catégorie professionnelle. C'est dans ce cadre, d'ailleurs, que la Fédération nationale des accompagnateurs et guides du tourisme et de montagne, revendique la réforme de la loi 30/96 régissant cette profession.

A ce propos, Jamal Essaidi, président de la Fédération des guides nous a déclaré qu'en «dépit de leur rôle dans la chaîne touristique, les guides ne bénéficient d'aucune couverture sociale, ce qui est loin de rassurer accompagnateurs qui ont pour mission de faire découvrir les produits touristiques nationaux. Notre travail complète celui des agences de voyages et des hôteliers. On se trouve partout: aux aéroports, à la douane, aux bus, entre autres. Cependant, l'agrément du guide n'étant pas héréditaire, les guides et leurs familles ne sont jamais assurés contre la misère".

Volet formation professionnelle, le ministère est appelé à permettre aux guides et aux associations régionales de bénéficier de la formation continue dans les établissements hôteliers et autres centres de formation.

Au sujet de la loi 34/96, elle est qualifiée de "répressive" par M.Jamal Essaïdi, il estime que "cette législation est censée également défendre les guides et non seulement de les sanctionner". Ce même responsable demande l'intervention du ministère du Tourisme pour l'élaboration d'une convention avec les autres fédérations du secteur, en particulier avec la Fédération deLes raisons d'une démarche

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s agences de voyages et celle des hôteliers en vue d'améliorer les prestations et les conditions de travail des guides. Pour ce qui est des agissements qui nuisent au tourisme, le même responsable admet que l'éthique du métier est la meilleure garantie contre tout comportement susceptible de porter atteinte à la profession.

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Il faut noter que le Maroc compte actuellement environ 2500 guides dont 90% d'hommes et 10% de femmes. La répartition géographique indique que Marrakech arrive en première position avec 538 guides de tourisme et accompagnateurs auxquels il faut ajouter 115 guides de montagnes (spécialité plus complexe que celle des guides ordinaires). La ville de Fès compte 386 guides contre 361 à Agadir, 235 à Tanger, 223 à Casablanca, 101 à Ouarzazate, 92 à Rabat, 90 à Tétouan, etc.

Concernant le profil des guides touristiques marocains, il faut signaler qu'une bonne partie est constituée par les lauréats de l'Institut supérieur du tourisme de Tanger et de Marrakech. Les diplômés Bac+2 forment 20%% contre 15%% de niveau Bac. Une dizaine de guides ont un diplôme supérieur, DESS ou Doctorat. Malgré l'importance du diplôme, force est de constater que des hommes de terrain, même dépourvus de diplôme, possèdent des connaissances approfondies sur un site touristique déterminé.