Le projet concernant le permis à points, même s’il n’a pas encore franchi le perron de l’hémicycle, suscite déjà des remous de toutes parts. La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre et malgré «la rationalité» de ce nouveau code, selon ses initiateurs, ils n’ont jamais été aussi nombreux à manifester leur effarouchement. Tout le monde croit dur comme fer que ce projet de loi 52-05 relatif à la conservation de la voie publique et à la police de circulation routière va sonner le glas des indisciplines des conducteurs. Cependant la majorité ne supporte guère l’idée d’être à la merci de certains «policiers» qui voudront éventuellement négocier le prix des points ! Khalid, 34 ans, professeur universitaire, partage cette crainte : «l’initiative de mettre sur pied un nouveau code de la route est fort louable pour mettre les conducteurs en rangs serrés, cependant d’autres mesures s’imposent en parallèle. La parole d’un simple conducteur face à un policier de la circulation est obsolète. Cet agent aura donc le pouvoir de retirer le permis de conduire et de délivrer au titulaire une autorisation provisoire de 48 heures. La conduite est, par ricochet, interdite au contrevenant pendant toute une année et il devra ensuite se présenter à un nouvel examen après avoir suivi une formation spécifique à ses frais!» Cette idée met les conducteurs dans une colère rouge. A l’unanimité, ils estiment : «qu’il serait fort judicieux de lancer des opérations de sensibilisation qui auront le double mérite de briser le silence et de cibler les actions à entreprendre de prime abord avant de mettre le nouveau code en branle.»

Sanctions jugées trop sévères

Quant aux autres nouvelles sanctions de ce projet, elles sont jugées trop draconiennes par plusieurs conducteurs notamment ceux du transport en commun. En fait, ces derniers n’en reviennent pas à l’idée qu’il soit question, en cas de surnombre, d’emprisonnement du contrevenant de 15 jours à six mois et d’une amende de 2.000 DH à 3.000 DH. Ils sont déboussolés par cette décision parce qu’ils estiment qu’ils sont de simples chauffeurs et non des agents de la sécurité qui doivent lors de chaque arrêt, sillonner le bus avec une batte de base-ball pour faire respecter l’ordre... Un autre chauffeur de bus à Casablanca nous a aussi confié à ce sujet sa peur lors des matchs de foot : s’il ne s’arrête pas, l’on imagine mal la réaction des hooligans ! Face à une situation des plus endémiques au Maroc, avec des routes de plus en plus meurtrières, d’aucuns comprennent le souci du département de l’Equipement et des transports de faire de ce nouveau code son cheval de bataille. Cependant, certains problèmes demeurent encore occultés. Comment endiguer ces accidents de la route qui font un nombre de morts incalculable ? C’est autour de cette question cruciale que ce nouveau code, avec ses mesures drastiques, a voulu voir le jour. Mais serait-il la panacée ? Nombre d’interrogations fusent, en tout cas, concernant les détails et modalités pas encore définis du passage à cet outil prévu, en principe, pour début 2006. Quant aux conducteurs, ils sont dans une angoisse palpable!

Meyssoune Belmaâza