Qu’en est-il advenu du musĂ©e de Marrakech ? Les citoyens, et les connaisseurs du milieu artistique, en particulier, se posent des questions sur le devenir de ce musĂ©e. Ce lieu, censĂ© promouvoir l’art marocain et animer la ville, est aujourd’hui un simple espace abritant quelques expositions. La dernière en date, celle qui a Ă©tĂ© inaugurĂ©e le 30 septembre dans le cadre du Festival «Arts in Marrakech». L’exposition qui se poursuivra jusqu’au 15 janvier 2006 prĂ©sente un groupe d’artistes anglais sous l’intitulĂ© «Wonderful fund collection». Cette manifestation a d’ailleurs Ă©tĂ© Ă  l’origine d’une polĂ©mique, car elle aurait Ă©tĂ© très «shooking» pour les Marrakchis. InterrogĂ©e par ALM sur le bilan de l’activitĂ© 2005 du musĂ©e, sa directrice, Naymah Benjelloun, a Ă©tĂ© rĂ©servĂ©e. «Je ne crois pas que cela puisse intĂ©resser le public, car l’important dans tout cela, c’est que nous Ĺ“uvrons pour la culture de notre pays». Cet avis est loin d’être partagĂ© par plusieurs acteurs de la vie culturelle marrakchie et par certains passionnĂ©s. «C’est le dĂ©sert des tartares», souligne un critique gastronomique de la place qui a regrettĂ© le manque de manifestations artistiques dans cet espace Ă  vocation culturelle. Dans l’entourage du musĂ©e, les propos sont unanimes quant Ă  l’absence d’un programme mettant en valeur la crĂ©ation nationale. Pour la responsable du musĂ©e, exposer les artistes marocains, cela reste une source de tracas. «Les artistes de chez nous demandent qu’on leur confectionne des catalogues, qu’on organise des cocktails, nous ne pouvons pas assurer tout cela», a-t-elle arguĂ©. RĂ©sultat : les expositions qu’abrite le musĂ©e ces derniers temps concernent gĂ©nĂ©ralement des artistes Ă©trangers. Ce qui contredirait, riposte un observateur, les propos de Mme Benjelloun en disant bien vouloir contribuer au dĂ©veloppement culturel de son pays. Toutes ces contradictions ont donnĂ© lieu Ă  une montĂ©e de critiques et tout le monde se remĂ©more l’époque glorieuse oĂą le musĂ©e rayonnait sur la ville ocre, et bien au-delĂ . Plusieurs se mettent aujourd’hui Ă  regretter la pĂ©riode oĂą Sakina Rharib, conservatrice de formation, dirigeait le musĂ©e. A ce propos, le prĂ©sident du Conseil de la ville de Marrakech, Omar Jazouli, a exprimĂ© sa dĂ©solation quant Ă  la situation actuelle du musĂ©e. «Cet espace avait connu une phase florissante lorsqu’il y avait une dame qui Ă©tait diplĂ´mĂ©e en musĂ©ologie et qui Ă©tait compĂ©tente, aujourd’hui on assiste Ă  un vide et c’est dommage». Cette pĂ©riode citĂ©e remonte au mois de janvier 1999 lorsque Sakina Rharib avait Ă©tĂ© recrutĂ©e par le regrettĂ© mĂ©cène Omar Benjelloun qui a contribuĂ© Ă  financer le palais abritant le musĂ©e construit Ă  la fin du XIXème siècle. Le palais, qui appartenait Ă  la famille Menebhi, est aujourd’hui sous la tutelle du ministère des Finances. L’histoire raconte que ledit ministère avait acceptĂ© de le lĂ©guer pendant 40 ans Ă  Omar Benjelloun moyennant 4000DH par mois, Ă  condition qu’il soit restaurĂ© et qu’il contribue au rayonnement de l’art et du patrimoine marocains. D’après des sources confirmĂ©es, cette convention avait Ă©tĂ© signĂ©e entre l’Association des amis du musĂ©e de Marrakech dont le prĂ©sident n’est autre que le dĂ©funt Omar Benjelloun et le ministère de tutelle. Cette association créée en 1995 a Ă©tĂ© Ă  l’origine de la restauration et de la naissance du musĂ©e de Marrakech en tant qu’institution culturelle. Derrière la genèse de ce projet se trouvait un groupe d’artistes dont Mohamed Melehi. Une exposition collective avait Ă©tĂ© organisĂ©e vers la fin de l’annĂ©e 1995 au Palais des Congrès de Marrakech en appui Ă  ce projet. Cette exposition a regroupĂ© près de 113 artistes et 226 Ĺ“uvres. Enfin, un total de 220.000 Dh aurait Ă©tĂ© versĂ© Ă  l’association. Les faits se sont succĂ©dĂ© et trois annĂ©es plus tard, la Fondation Omar Benjelloun a vu le jour. C’était une façon pour le dĂ©funt mĂ©cène de se donner plus de notoriĂ©tĂ© et de lĂ©gitimitĂ©, d’autant plus que c’était le pourvoyeur essentiel de fonds. Après son dĂ©cès en 2003, la conservatrice du musĂ©e, Sakina Rharib aurait eu des dĂ©mĂŞlĂ©s avec son Ă©pouse et quitte le musĂ©e en 2004, après avoir organisĂ© des expositions de calligraphies arabes, de photographies et de peintres marocains, pour ne citer que ceux-lĂ . Une Ă©poque qualifiĂ©e de dynamique et dont il ne reste que des souvenirs.

Le 29-12-2005 Par : Qods Chabâa