La libéralisation du ciel était inscrite parmi les grands chantiers lancés dans le cadre de la Vision 2010. Pour la première fois en effet, le Maroc, en tant que pays à vocation touristique a défini une stratégie et s’est donné les moyens de la réaliser avec la perspective de recevoir 10 millions de touristes à l’horizon 2010. La libéralisation du ciel vient d’être confirmée d’une manière indiscutable, avec la signature récemment de l’Open Sky avec l’Union Européenne. Un accord unique dans la région qui lie un pays en développement avec une grande puissance régionale économique. Un geste de politique économique qui confirme l’attachement du Maroc au développement sérieux, et de manière professionnelle, du secteur du tourisme hissé en priorité économique depuis 2001.

C’est ainsi que depuis la libéralisation du ciel, lancée fin 2004, le Maroc a réussi à drainer 17 compagnies étrangères qui opèrent dans le ciel marocain. Marrakech se taille la part du lion avec 32% de ces liaisons et des arrivées passagers à l’aéroport Menara qui ont dépassé les 2 millions. Selon Karim Ghallab, ministre du transport, le Maroc a besoin de 100 nouvelles fréquences hebdomadaires point à point par an entre 2006 et 2010, pour la concrétisation de la Vision 2010, véritable tableau de bord du développement du tourisme actuellement. L’arrivée de l’Open Sky avec l’Union Européenne s’inscrit dans ce cadre et se résume ainsi : avoir plus de fréquences aériennes pour transporter un maximum de touristes. La construction des hôtels étant le souci de Adil Douiri, c’est là une vraie équation à laquelle s’attelle le ministre du tourisme pour la réalisation des unités hôtelières suffisantes d’ici 2010 afin de satisfaire la demande en vue.

L’Open Sky est donc entré en vigueur en 2006. Cela veut dire quoi au juste ? Il est basé sur trois principes : libéralisation des marchés, simplification des procédures et convergence réglementaire (notion du Ciel Unique). L’Open Sky est avant tout la libéralisation des marchés sans limites de routes ni de capacités. En clair, n’importe quelle compagnie européenne peut desservir les villes marocaines, sans aucune restriction. Et inversement, bien sûr. Il lui suffit juste de faire un dépôt officiel et direct du programme des vols auprès de la direction aéronautique civile. Plus qu’un progrès pour le Maroc, c’est une vraie révolution dans le secteur de l’aérien.

Résultat du côté marocain, le lancement de la première compagnie low cost marocaine privée, Jet4 You. Avec un premier vol réalisé le 26 février 2006, la compagnie a déjà réalisé 80 vols et transporté 10 000 passagers, selon Jawad Ziyat, président du directoire de la compagnie créée avec des fonds marocains et étrangers (la TUI est représentée avec 40%, le reste entre des opérateurs économiques marocains). La compagnie reprend actuellement tout le trafic de Corsair ( en B to B ) mais compte opérer après auprès des clients ( B to C).

Une grande annonce a été faire par Karim Ghallab, lors des Assises du Tourisme de Tanger. Il s’agit de l’arrivée de l’une des grandes compagnies low cost, européenne, au Maroc. Easy Jet va opérer au mois de juillet prochain avec un vol quotidien Londres / Marrakech avec le tarif affiché de 40 Euros one way (comprenez vol sec, un aller ou un retour). Inutile de préciser que l’audience faite par les opérateurs touristiques (toutes catégories confondues) a eu un sourire très large, en guise de satisfaction. Easy Jet au Maroc, c’est une bonne référence pour le développement du tourisme et pour la promotion du produit touristique marocain. La compagnie, selon le ministre du transport, a déjà commercialisé en quatre semaines 6500 sièges. A signaler que la compagnie opère avec 100 avions, soit quatre fois la flotte de la RAM et 15 fois la flotte de la compagnie low cost nationale Atlas Blue.

Sourire de satisfaction à l’annonce des 40 euros d’Easy Jet pour le Londres / Marrakech mais forts applaudissements lorsque Zouhair El Aoufir, président du directoire d’Atlas Blue, annonce officiellement lors de son intervention aux Assises, que la compagnie nationale low cost ( filiale du Groupe RAM) va commercialiser le même vol à 33 Euros, soit sept de moins qu’Easy Jet. La bataille des prix part de plus bel et on est tenté de dire, qui dit mieux ? Et à quand le low cost interne pour avoir un Agadir Casa à 200 DH ou un Marrakech Tanger à 300 DH. En tout cas, dans le cadre de l’Open Sky cela finira par arriver, un jour ou l’autre... Une concurrence ardue s’annonce.

Cette concurrence agressive ne fait pas peur au nouveau PDG du groupe RAM . En effet, Driss Benhima, prenant la parole lors des Assises, a précisé qu’il est confiant dans la mutation que prend l’aérien dans le pays et qu’il va falloir désormais dynamiser, réactiver et anticiper ce qui va venir. Une synchronisation tourisme/avions, dit-il est nécessaire, ajoutant que le Maroc a déjà réussi dans la mutation des télécommunications (entre autres), avec une société d’Etat qui s’en sort bien, qui défi le privé et qui fait avec la concurrence dans la cadre d’une meilleure compétitivité. Le résultat est concluant. Il est de grande importance pour le développement économique du pays. A un an de son existence, Atlas Blue a transporté plus de 820 000 passagers et vient d’acquérir son 7 ème avion en attendant le 8ème à fin 2006.

Reste à préciser que le Maroc accuse un grand retard en matière de paiement par cartes de crédit via internet... Les banques marocaines sont à la traîne et portent un vrai préjudice au développement du e-commerce dans notre pays. Le déséquilibre Nord / Sud est énorme. Le Maroc en tant que pays à vocation touristique, en tant que pays en voie de développement économique qui agit dans une dynamique de voisinage économique le liant à l’Europe mais aussi au libre échange avec les Etats-Unis, a tout intérêt à faire intégrer correctement le système bancaire dans le développement du tourisme à travers une réelle participation. Le système bancaire est appelé sérieusement à sortir de sa léthargie dans ce domaine et à cesser de poser plus de problèmes aux divers opérateurs touristiques qu’il n’en résout.

Mohamed RIAL A suivre : Promotion, une présence renforcée dans les pays émetteurs s’impose.