Sea, sex, sun and Marockn'roll à Casa



par Christian Lecomte - Le Temps

Il y aura dans l'histoire du cinéma marocain un avant et un après Marock, le film de Laila Marrakchi à l'affiche depuis mercredi dans six salles à Casablanca, Fès, Marrakech et Tétouan. Six copies: c'est peu mais c'est beaucoup sachant que cette fiction au ton très irrévérencieux a failli ne jamais sortir au Maroc. Si les quartiers huppés de Casablanca saluent déjà «une avancée démocratique», le fief intégriste de Sidi Moumen, à la périphérie, maudit «un spectacle écrit par Satan». Cassure.

A l'image du pays, Marock se situe dans l'univers de la jeunesse dorée et dresse le portrait de Rita, une adolescente débridée qui jure, enfile des jeans serrés, picole dans les boîtes de nuit, roule à toute vitesse, allume les garçons. Un condensé à première vue d'American Graffiti, de la Fureur de vivre et de La Boum. Une seconde lecture lui accorde plus d'ambition: la jolie délurée se déhanche là où le Maroc va mal, en plein dans ses paradoxes, entre modernité et archaïsmes.

Sélectionné l'an passé à Cannes, Marock est sorti sur les écrans romands et français en début d'année. 150000 entrées. Jolie performance qui méritait d'être reconduite auprès de son public naturel: les Marocains. Exclu, jurait-on. il ne passerait pas la censure car tout le monde en prend pour son grade, la police en tête. Illustration: Rita et son petit copain Amine flirtent de manière très poussée dans une voiture. Un agent les débusque et veut les traîner au poste. Rita dit à Amine: «Putain mais envoie-le chier! Pays de merde, on n'a rien le droit de faire» Et crie: «Donne-lui à manger pour qu'il ferme sa grande gueule!» Le policier empoche un billet de banque et laisse le couple tranquille. Corruption: un mal congénital au royaume chérifien. Le très tatillon CCM (Centre cinématographique marocain) n'a pourtant pas été offusqué: il a délivré un visa d'exploitation. Marock est certes interdit aux moins de 12 ans mais aucune scène n'a été coupée.

Colère des militants du très influent PJD (parti islamiste de la justice et du développement) qui appellent au boycott. Parce qu'il y aurait aussi dans ce film «de nombreuses atteintes portées au rite de l'islam comme la prière et le jeûne». Autre scène: Rita, un jour de ramadan avec ses copines sur une terrasse. Elle ne jeûne pas. Une femme de ménage s'insurge: «T'as pas honte?» Rita (un hamburger dans la bouche): «J'ai mes règles...»* La domestique: «Chez toi, les règles durent les trente jours du ramadan.» Irrespect vis-à-vis de l'un des cinq piliers de l'islam, vocifèrent les islamistes. Laila Marrakchi corrige: «Je dénonce l'hypocrisie, beaucoup de gens prétendent qu'ils respectent le ramadan alors qu'ils se cachent pour manger, fumer, boire. Idem pour d'autres comportements.»

Mais les attaques les plus virulentes sont venues du très machiste et conservateur milieu artistique marocain. La polémique est née au festival du film de Tanger en décembre 2005: selon les chers confrères de Laila Marrakchi, Marock ne serait pas un film marocain et sa réalisatrice, née à Casablanca mais qui vit en France depuis 1993, ne connaîtrait plus rien aux réalités du pays. Marock serait, enfin, l'étendard d'un lobby sioniste. Arguments? Laila Marrakchi est l'épouse d'un juif. Et puis, il y a cette idylle dans le film entre Rita, qui est musulmane, et Youri, un marocain de confession juive, et ce passage qui a choqué: sur le point de faire l'amour avec Rita, Youri lui met une étoile de David autour du cou. Les islamistes sont tétanisés, ceux que la réalisatrice nomme les pseudo-intellectuels sont outrés. «Mon message est celui de la tolérance, explique l'auteur. Mais qu'une femme soit réalisatrice et qu'une actrice tienne un premier rôle de jeune fille libérée, voilà qui fait sans doute beaucoup dans un pays où le statut des femmes demeure rétrograde.»

Marock, film de la double identité et de la double culture, est somme toute prude. Pas réellement de scène de sexe, seulement quelques baisers goinfres. Pas de blasphème mais plutôt quelques insolences d'ados à l'égard de la religion. Depuis hier, les Marocains sont libres de se forger leur propre opinion. Et c'est tant mieux.

  • Les femmes qui ont leurs règles pendant le ramadan sont dispensées de jeûner car elles sont jugées «impures».














Plus d’un millier de spectateurs ont fait mercredi après-midi le déplacement au multiplex « Mégarama », à Casablanca, pour voir le film « Marock » de Leïla Marrakchi. Un début très encourageant pour ce premier long-métrage de la réalisatrice franco-marocaine, attendu impatiemment par les cinéphiles. Sa sortie en salles a finalement permis de mettre un terme à un suspense de plusieurs mois, ponctués d’attaques haineuses fomentées par les islamistes, relayés par la publication intégriste « Attajdid ». Après cette sortie publique, les cinéphiles auront enfin compris le pourquoi de cet acharnement frôlant parfois l’hystérie. En effet, c’est ce regard lucide que le film porte sur la bigoterie des « défenseurs » de la religion auto-désignés qui semble le plus déranger. Dans la bouche de l’héroïne du film, « Ghita », interprétée par la pétillante actrice Morjana Alaoui, on relève des expressions décapantes. Comme cette réplique qu’elle a assénée à son frère «Mao» qui, pour se racheter d’un accident ayant coûté la vie à un jeune pauvre, a dû se réfugier dans «la religion». «Enlève-moi cette barbe et tous ces trucs de la préhistoire», décoche-t-elle. Cette pique a remis le couteau dans la plaie du frère «Mao», nom qui rappelle cruellement les dérives sanguinaires de Mao Tsé-Toung. Ce nom lui restera collé comme une tache noire sur le front, en dépit des efforts «théologiques» qu’il a déployés pour absoudre son «crime» passé. «Ghita», sa sœur, se présente ainsi comme sa «mauvaise conscience». Nous sommes face à un «clash» considérable. Le frère et la sœur sont porteurs d’idéologies différentes. «Ghita» incarne un idéal de liberté, alors que son frère a sombré dans la bigoterie. Résultat ? Une longue partie de bras de fer. L’intrigue se nouera davantage quand «Mao» a appris que sa sœur s’était entichée d’un jeune Marocain de confession juive, en l’occurrence «Youri Ben Chetrit». Relation vue également d’un mauvais œil par l’entourage familial de «Ghita», pour qui la liaison d’une musulmane avec un Juif n’est pas «religieusement correcte». «Ils vont me tuer s’ils apprennent notre relation », dit Ghita à son élu du cœur, avant de l’inviter à se convertir à l’Islam. «Vous les Arabes, vous voulez convertir tout le monde à l’Islam, mais de votre part, vous ne faites aucun effort pour nous comprendre», reproche Youri. En dépit de l’opposition familiale, «Ghita » a continué à fréquenter son amant. Dire que l’amour ne reconnaît pas de barrières «théologiques», c’est avant et après tout un sentiment humain. Au-delà de cette histoire émouvante, le film, qui se veut un hymne appuyé à la liberté, à la tolérance et à l’entente, est traversé de très beaux moments cinéphiliques. Se déroulant à Casablanca, il offre de très belles vues sur cette ville mythique.

Le 12-5-2006 Par : M’Hamed Hamrouch

Le film « Marock » de Leila Marrakchi sera enfin projeté dans les salles du Royaume. Sa sortie officielle est prévue le 3 mai prochain. Une décision qui soulage sa réalisatrice suite à la polémique qui a entouré sa projection au festival national du film à Tanger. En effet, le film « Marock » de Leila Marrakchi a réussi son examen de passage devant la commission de censure du Centre cinématographique marocain (CCM) malgré la grande polémique qui a suivi sa projection lors du huitième Festival national du film à Tanger (FNF) en décembre dernier. Ce long-métrage sera projeté dans les salles marocaines à partir du 3 mai prochain. Aucune scène ne sera censurée de ce film jugé contraire aux bonnes mœurs par certains milieux.

Synopsis Ramadan 1997 à Casablanca : à l'approche du baccalauréat, Rita et ses amis de la bourgeoisie commerçante s'amusent en contournant les lois et interdits de la société musulmane. Ils flirtent, font la fête, étudient et vont au lycée Lyautey, lycée français de la haute societé casablancaise, accompagnés par leur majordome ; les garçons font des courses de voitures dans la ville.

Alors que son frère Mao revient de Londres pour Ramadan, Rita tombe sous le charme d'un autre lycéen, Youri. Mais, celui-ci est juif, ce qui inquiète Rita sur le qu'en-dira-t-on de sa famille. Son frère, justement, semble devenu plus respectueux de la religion et moins compréhensif qu'avant.

Commentaires Le personnage de Mao semble s'inscrire dans le contexte de méfiance à l'égard de l'intégrisme (que les jeunes personnages féminins évoquent souvent sous le terme péjoratif de « barbus »), le film ayant été tourné après les [Attentats du 16 mai 2003 à Casablanca ]. Son changement de coiffure et de caractère, le fait qu'il se laisse pousser la barbe et pratique les prières quotidiennes et le jeûne étonnent et inquiètent Rita. Mais, la religiosité du personnage est expliqué vers la fin du film par une révélation de Rita et, dans la réconciliation tragique des deux personnages pendant la scène finale, le frère porte un t-shirt noir où est inscrit le mot « AMERICA » surmonté d'un cœur.

Le reste des intrigues tournent autour de la soif de vivre de ces filles et fils de bourgeois, plus soucieux de la fête du soir et de quitter le Maroc pour aller faire des études en France ou aux États-Unis, que de leurs études immédiates. Les personnages issus du peuple sont pour la plupart des cuisinières et chauffeurs au service de la famille. Depuis si longtemps à leur service, que le chauffeur est devenu le témoin silencieux des bonheurs de Rita et Mi-Fatma la véritable mère de Rita et Mao quant la leur semble accaparée avec son mari par leur négoce de textile.

Fiche technique Titre : Marock Réalisation : Laïla Marrakchi Scénario : Laïla Marrakchi Production : Stéphanie Carreras et Adeline Lecallier Musique : Charles-Henri de Pierrefeu et Mathieu Dugelay Photographie : Maxime Alexandre Montage : Pascale Fenouillet Décors : Jean-Marc Tran Tan Ba Costumes : Emma Bellocq, Hélène Busuttil et Clémentine Joya Pays d'origine : Maroc, France Format : Couleurs - 2,35:1 - Dolby Digital - 35 mm Genre : Comédie dramatique, romance Durée : 105 minutes Dates de sortie : 20 mai 2005 (festival de Cannes), 15 février 2006 (France), 22 février 2006 (Belgique) modifier Distribution Morjana El Alaoui : Rita Mathieu Boujenah : Youri Razika Simozrag : Asmaa Fatym Layachi : Sofia Assaad Bouab : Mao Rachid Benhaissan : Driss Khalid Maadour : Omar modifier Autour du film Le tournage s'est déroulé à Casablanca, du 27 juin au 7 août 2004.